Pour Marie Lafaille, le paysage est porteur de multiples histoires. C'est en le parcourant lors de longues marches qu'elle engage sa lecture et éprouve son impermanence autant que sa vulnérabilité. Ses pièces, principalement sculpturales, s'attachent aux mémoires et aux temps de la terre et des hommes. Elles naissent d'une relation physique à des territoires et à l'observation de la végétation et des sols qui portent en eux les traces indicielles d'événements géologiques, climatiques ou zoologiques. L'artiste prélève dans son environnement pour composer des œuvres qui racontent les collines, les rivières et les forêts, l'exploitation du paysage comme les extractions lourdes.
La sculpture Ossature d'eau est née de l'arpentage des rues d'Angoulême et de la collecte de fragments d'habitats disséminés dans la ville. L'ensemble, qui s'apparente à un corps de barque retourné, témoigne d'un événement de crue de la Charente. En même temps qu'elle convoque l'histoire, elle décrit les « cycles de destructions et de renaissances ». Figurant un véhicule, elle appelle à un nouveau voyage « pour atteindre un autre rivage ». Marie Lafaille agence une mémoire morcelée et, à partir de débris insignifiants, reconstruit un possible.
Guillaume Mansart (responsable de Documents d'artistes PACA). Ecrit à l'occasion de l'exposition La relève 7 au Château de Servières à Marseille Janvier 2025.

